Harry Potter à l’école du numérique | |
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XDC met le cinéma numérique sous les projecteurs
Investir moins,
entreprendre plus
Pour une jeune entreprise montante comme XDC, la santé financière constitue un objectif aussi essentiel qu’ardu. En 2005, XDC a réalisé un chiffre d’affaires de 1,8 million d’euros, pour une perte à peu près deux fois plus élevée. Toutefois, aucune raison de s’alarmer, XDC suit parfaitement la courbe définie par son plan commercial. Et Jacques Galloy d’ajouter : « Toutefois, nous devons encore investir 30 à 40 millions avant d’avoir équipé suffisamment de salles pour franchir le seuil de rentabilité. Un défi qui n’a rien d’anodin, car ce marché présente de nombreuses incertitudes aux yeux des investisseurs potentiels. XDC est une petite entreprise qui débarque sur le marché avec une solution novatrice. Notre succès dépend dans une large mesure des géants du milieu qui accepteront de plonger avec nous dans le grand bain du numérique. C’est pourquoi
nous n’achetons et ne vendons pas nous-mêmes le matériel que nous installons. En effet, nous nous procurons les projecteurs en leasing auprès de Fortis Lease. Nous rassemblons ensuite les serveurs développés en interne, les projecteurs et nos propres services dans un pack unique que nous louons aux exploitants de salles, ce qui nous évite, ainsi qu’à nos clients, de devoir supporter de lourds investissements. Pour Fortis Lease le risque est limité : leur
mise porte sur l’intégralité du secteur et pas seulement sur XDC. À cet égard, nous apprécions le partenariat de Fortis Lease à sa juste valeur. Démontrer un tel engagement pour un secteur naissant comme le nôtre témoigne d’un véritable esprit d’entreprise.»
Voilà déjà bien longtemps que l’on peut lire le journal sur Internet. De
même, chacun connaît la qualité sonore supérieure de la radio numérique. Et depuis l’avènement du numérique, la boîte à images de notre salle de séjour nous offre des possibilités jusque-là insoupçonnées. Toutefois, un média reste en retrait dans la conversion au numérique : le cinéma. Plus pour longtemps, car l’entreprise belge XDC joue les pionniers.
Le septième art a écrit la quasi-totalité de son histoire sur la pellicule
35 millimètres. Du plateau de tournage à la salle de cinéma,
les boîtes métalliques rondes régnaient jusqu’il y a peu en maître
incontesté. Mais aujourd’hui, la technologie d’imagerie numérique
possède un tel degré de sophistication que même sur les plus
grands écrans elle délivre un résultat au moins aussi bon que
l’ancienne pellicule, voire meilleur. « Mais notre principal argument
de vente reste la faiblesse des coûts », souligne Jacques Galloy,
administrateur et directeur financier de XDC. « Le cinéma numérique
ne nécessite plus de copies physiques, ce qui s’avère hautement
intéressant pour les distributeurs vu le prix onéreux de la
pellicule. Aux États-Unis, une copie sur pellicule coûte quelque
1 000 dollars, contre 1 500 voire 2 000 dollars en Europe, insertion
des sous-titres oblige et manque d’économies d’échelle en
comparaison avec les États-Unis. Notre technologie numérique
nous permet de réduire ces coûts de moitié, ce qui signifie une
économie d’un milliard de dollars à l’échelle internationale. »
D’abord le système, puis le service
La technologie de XDC ne tombe pas du ciel. En 1999, l’entreprise
EVS (belge elle aussi) crée une unité commerciale chargée
de se concentrer sur le cinéma numérique. EVS justifiait déjà
d’une dizaine d’années d’expérience dans la télévision numérique,
un bagage que le nouveau département mettra à profit pour
poursuivre dans cette voie. Jacques Galloy : « Notre technologie,
le cinéma numérique en général, a fait ses premiers pas avec la
sortie de Star Wars II en 2002. Le film a été présenté au format
numérique dans 45 salles en Chine, en Europe et aux États-Unis.
Mais disposer d’une bonne technologie ne suffisait pas. Voilà
pourquoi EVS a dû développer un concept commercial pour mettre
ce marché sur orbite, notamment en adaptant l’infrastructure
des salles et en mettant sur pied son système de distribution.
Tout comme pour la téléphonie mobile ou la télévision numérique,
on peut seulement vendre les services lorsque tous les chaînons
du système sont présents. C’est pour cette raison qu’EVS a
décidé, en 2004, de laisser voler de ses propres ailes son unité
commerciale de cinéma numérique, baptisée XDC. Objectif : offrir
un service intégré dans le secteur du cinéma numérique. Un service
qui va de la numérisation de films au support technique pour
les opérateurs de salles. »
Pack intégré
C’est précisément dans le domaine de cette intégration que
XDC se démarque de la concurrence. Comme Jacques Galloy
le souligne : « Notre marché compte actuellement deux types de
protagonistes. D’une part, les purs fabricants de serveurs comme
Doremilabs, Quvis, GDC Technology ou Dolby et les fournisseurs
de projecteurs Barco et Christie et, d’autre part, les fournisseurs
de services, dont Technicolor, qui abandonne progressivement la
pellicule pour se reconvertir au cinéma numérique. Notre particularité
réside dans le fait que XDC propose à la fois le matériel et
les services. Ainsi, nous louons à l’exploitant de salles un serveur,
un projecteur et un pack de services pour une durée de cinq ans.
Le tout à des tarifs très avantageux, car notre objectif premier
consiste à déployer les infrastructures nécessaires au cinéma
numérique. Une telle approche est uniquement possible si nous
aidons les exploitants de salles à surmonter les lourds investissements que cette technologie exige. Nous réalisons ensuite nos bénéfices par la vente de copies numériques pour les sociétés de distribution. Jusqu’à présent, nous avons ainsi collaboré aux films
d’animation Madagascar et Le monde de Némo, des studios
Disney, et à l’épopée Harry Potter de Warner, entre autres. Mais
détrompez-vous, ce produit n’est pas exclusivement réservé aux
géants du cinéma. Le cinéma numérique ouvre également des
perspectives intéressantes pour les distributeurs européens. En
effet, le coût réduit des copies nous permet de sortir beaucoup
plus de ‘petites’ productions. »
Un potentiel de 100 000 salles
De par le monde, près de 800 salles ont actuellement recours
au cinéma numérique, soit 300 aux États-Unis, 300 en Europe
et 200 en Asie. Avec 80 % des parts de marché en Europe, XDC
est de loin le premier acteur européen, et compte parmi ses
clients des grands noms comme Utopolis, Kinepolis, Cineworld,
Filmwelt et le Festival de Cannes. L’avenir s’annonce dès lors
sous les meilleurs auspices pour l’entreprise liégeoise. Toutefois,
Jacques Galloy préfère rester prudent : « Le marché est encore
bien trop jeune pour nourrir des ambitions chimériques. Nul
doute cependant quant au potentiel : plus de 100 000 salles
dans le monde, dont 35 000 en Europe, 35 000 aux États-Unis et
30 000 dans le reste du monde. Nous espérons conquérir 33 %
du marché européen d’ici 2016. Un objectif ambitieux qui nécessitera de nombreux efforts, mais qui dépendra aussi de la vitesse à laquelle les exploitants de salles choisiront de nous accompagner dans cette aventure. À titre d’exemple, les États-Unis se caractérisent par leur très grande concentration dans ce secteur.
Ainsi, les cinq principaux exploitants détiennent 20 000 salles.
Ajoutez ce poker d’as dans votre jeu, et le jackpot sera à portée
de main. Il n’en va pas de même en Europe, puisque le top cinq
exploite seulement 3 000 salles. » Rien n’est donc acquis, mais
Jacques Galloy aborde l’avenir le plus sereinement possible :
« Actuellement, nous travaillons encore à perte. Pour atteindre le
seuil de rentabilité, nous devons installer notre système dans 700
à 1 000 salles, un chiffre que nous devrions atteindre d’ici 2007
à 2008, selon les estimations. Une fois cette étape franchie, nous
enregistrerons des bénéfices alors que la plupart de nos concurrents
en seront seulement à la phase expérimentale. »